Les alertes de l’OCE : un vrai flop ?

Aucun scientifique dans nos effectifs. Nous avons donc lancé de multiples alertes. Les réponses sont d’une pauvreté scientifique consternante, tirées vers le bas par l’AFB. Nous sommes restés au stade de “parole contre parole”. Rien n’évolue depuis 10 ans. Des questions pour tenter de progresser dans le débat et susciter la recherche française dans les sujets exposés par l’OCE(1) nourris de références peer-reviewed. L’AFB répond « à certains arguments contradictoires sur le bien-fondé du maintien et de la restauration de la continuité écologique dans les cours d’eau »(2).

Ces éléments auraient pu être portés par une petite main du niveau “Fédération de pêcheurs” comme on le voit fréquemment. Venant de l’AFB, c’est caricatural et d’une grande pauvreté sous la plume d’un “Comité scientifique”. En ce sens, rien n’évolue et nous restons sur notre faim : toutes nos observations sont fausses. Point.

Et contentez-vous de cette affirmation.

 

Mais nous avons –encore- des questions insuffisamment ou pas du tout documentées dans la bibliographie :

• Les systèmes originels modifiés depuis longtemps, peuvent-ils être regardés comme des habitats/écosystèmes de substitution ?

• Quelle serait la composition d’un « bon » peuplement piscicole ? Entre les espèces natives et toutes celles introduites (depuis la carpe), se référer à la naturalité fait-il sens ?

 

• La fragmentation des habitats/espèces est néfaste en soi. Mais peut-elle engendrer des réservoirs aux capacités tampons vis-à-vis de la variabilité environnementale ou présente-t-elle des aptitudes réduites ? • Quel est l’impact direct sur les tronçons fragmentés d’une gestion anthropique pouvant être très différente d’un secteur à l’autre ? Le concept de fragmentation serait relatif : la situation était-elle réversible naturellement ou amplifiée/compensée par les gestions piscicoles et agricoles ultérieures ?

 

• Le facteur de contingence pèse beaucoup trop quand une Collectivité publique engage des dépenses considérables. Comment les hiérarchiser selon quels “modèles” ? Mais en fonction des nombreux paramètres sur la biodiversité, ces modélisations sont-elles un outil prédictif fiable ?

 

• La même question se pose avec encore plus d’acuité pour l’anguille en termes de conservation. Nous avons exposé que les modélisations/extrapolations sont très peu robustes(2). Elles sont rares et lourdes de conséquences pour les propriétaires d’ouvrages. La vulgarisation de cette connaissance encore lacunaire reste empreinte de grandes incertitudes.

Or, les prescriptions administratives univoques prescrivent, ordonnent puis verbalisent au principe qu’une même photo montrant 4 ou 5 anguilles découpées par une turbine figure dans tous les rapports à charge.

D’autres études mettent en évidence une mortalité nulle. Ailleurs, que la mortalité est due à la prédation du cormoran, sans évoquer les anguilles infectées par le parasite anguillicola crassus (source INDICANG ADOUR BASSIN 2005 et plan anguille national p 24). L’intensité de la parasitose varie de 50 à 100% à Grenade sur l’Adour.

Où en est la connaissance, la vraie, sur les causes du déclin de l’anguille ?

Pendant ce temps, le braconnage et la pêche de la civelle sont florissants. Il y a peut-être plus de civelles pêchées d’un coup de filet que d’anguilles jamais découpées dans des turbines ?

Mais la civelle se vend 800€ /kg.

• Toujours au sujet des turbines et de la dévalaison: nous ne trouvons curieusement aucune étude sur le système de Mauthner. Cette cellule nerveuse qui prévient le poisson du danger (une cascade par exemple), serait inopérante quand il approche du bruit et des vibrations d’une turbine ?

L’AFB ne peut-elle pas étudier les quanta inhibiteurs des neurotransmetteurs de la cellule de Mauthner, ou doit-on encore supporter que ces inhibiteurs soient essentiellement culturels et dogmatiques?
Au prix des exigences du changement des plans de grilles oscillant entre 300 000€ et 2 000 000€ (il est vrai, infligé aux exploitants), la science aurait-elle pu nous éclairer au lieu de nous confiner dans la croyance d’un poisson sans système nerveux?

 

• Quel est le prix du kg de poisson que devrait payer le pêcheur au regard d’un million € dépensés sur un ouvrage, 2 millions sur le suivant et les dépenses cumulées sur tout le cours d’eau considéré ?

 

• Terminons par le saumon : nos aménagements d’ouvrages en béton banché auront fière allure quand les stocks seront épuisés par le pillage des océans. Certes, ce n’est pas une raison pour ne pas “faire notre part”.

Mais stigmatiser uniquement les ouvrages sur nos cours d’eau et subventionner la surpêche est incohérent.
Peut-on déplorer qu’une espèce (saumon, baleine) soit très menacée et continuer à la pêcher ?

Et l’emploi n’est pas un argument recevable : il n’a pas ému très longtemps quand les centaines de milliers d’emplois dans la sidérurgie ont été supprimés.

Si une espèce est en danger, faut-il l’épargner ou l’exploiter jusqu’à son extinction définitive sous couvert de mauvais arguments ?

 

(1) Le thème des idées reçues sur OCE: http://continuite-ecologique.fr/?s=id%C3%A9es+re%C3%A7ues&x=13&y=12

(2) AFB vrai ou faux ici >  vrai-faux_AFB_éléments de réponse

 

(3) Formules prédictives. Analyse d’Andréas RICK ;  http://continuite-ecologique.fr/anguilles-et-turbines/

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