L'opposition à la suppression de seuils et barrages...

...un conflit de valeurs, et non un manque de connaissances

Deux chercheuses suédoises,  Birgitta Malm-Renöfält et Dolly Jørgensen, ont analysé les débats autour de la suppression des barrages dans quatre villes de leur pays (Alby, Hallstahammar, Orsa et Tallåsen). Leur but : comprendre comment s’articulent les opinions des citoyens à ce sujet.

Leur principale conclusion est que l’opposition à l’effacement des ouvrages hydrauliques ne résulte pas d’un manque de connaissances, c’est-à-dire d’une ignorance sur les effets environnementaux. Plus simplement, les gens ne valorisent pas la même chose : les partisans de l’effacement accordent une grande importance au retour de rivières naturelles,  ce qui inclut aussi l’intérêt pour certaines formes de pêche ; les opposants apprécient la dimension esthétique et historique des barrages, ainsi que les activités rendues possibles par leurs retenues.

Ce travail est intéressant parce qu’il permet de prendre ses distances avec un discours proche du « scientisme » selon lequel le progrès du savoir rendrait inexorable  la « renaturation » de toutes les rivières, la résistance à un tel programme ne pouvant être que le fait de gens ignorants. En fait, la renaturation n’a rien d’un programme scientifique, elle représente toujours un certain choix philosophique ou idéologique dans le rapport à la nature. Une fois observé un fait (par exemple le déclin de telle espèce attribué à telle cause), il reste toujours une liberté de choix par rapport à cette observation : accepter ou non le déclin, lui chercher des parades très différentes, raisonner par service écologique rendu ou par conservation maximale de biodiversité, etc.

Cela rappelle que le vote de la Loi sur l’eau et les milieux aquatiques (LEMA 2006), de la Trame verte et bleue (TVB 2009, 2010), a fortiori des mesures règlementaires et non législatives, a souffert d’une carence démocratique assez généralisée. Mettant en avant un argument surplombant plutôt réducteur et annihilateur du sens critique (« c’est bon pour l’environnement, donc c’est indiscutable »), on n’a pas vraiment tenu compte ni débattu à égalité des représentations variées de la rivière comme nature mais aussi comme histoire, patrimoine, loisir, ressource, etc.

On observe aujourd’hui la conséquence logique de cette carence démocratique : quand on passe de discussions lointaines sur des principes généraux à la réalisation concrète sur les territoires, les oppositions sont vives. Parce que la diversité des opinions et valeurs peut réellement s’exprimer.

Référence :  Jørgensen D, Renöfält B (2013), Damned If You Do, Dammed If You Don't: Debates on Dam Removal in the Swedish Media, Ecology and Society, 18, 1, 18.

Abonnez vous à notre flux d'articles ici

Les commentaires sont fermés.