Sécheresses: erreurs anodines sur la preuve par 9 de FNE

Que la politique de l’eau s’appuie sur des études scientifiques serait un prérequis élémentaire. Mais en construisant écluses, systèmes hydrauliques et étangs, les moines n’ont pas eu recours aux modèles prédictifs d’Alain Pavé. Les étangs (disparus et actuels) sur la carte de Cassini, répondaient aux besoins en eau… et au bon sens de l’ACB (Analyse coût-bénéfice) bien avant que le concept n'existe.
Science et bon sens devraient être croisées pour guider toute prise de décision.
Au 21ème siècle, nous sommes loin du compte pour la considération de ces deux principes fondamentaux.
La désinformation et les infox ont un poids considérable dont l’impact sur les finances publiques, les usagers et l’environnement ne seront jamais estimés.

Lanceur d’alerte
Un article sur Hydrauxois attire notre attention sur la fabrication de preuves écologiques qui pèsent sur la politique environnementale sensée pourtant être partagée de tous, au moins par un grand nombre.
Or l’écologie a vite été utilisée par une minorité ayant des postures militantes, empreinte de fortes croyances chez les autres, les deux se heurtant à un frein au changement.
Tout le monde est persuadé d’avoir raison.
Les politiques connaissent la loi de Murphy. Ils cherchent à court terme « l’emmerdement minimum ». Cet axiome doit faire fi du bon sens, d’expertises rigoureuses et d’études scientifiques.
FNE le sait et transforme les enjeux environnementaux en combat social.
Et menace en préambule de « SIVENS, d’opposition régulière, de militer contre les barrages affirmant qu’ils aggravent les sécheresses » puis apporte ses explications maison.

Le sophisme des preuves
Si la technique de la preuve par 9 ne permet pas de déceler a priori d’erreur, cela ne permet pas d’affirmer que les conclusions soient robustes et fiables.
Dans le survol fort justement qualifié "
d’explications", FNE n’éprouve même pas le besoin d’approfondir un sujet puisqu’une présentation type "presse people" suffit à nourrir un argumentaire à charge.

FNE y expose:
une étude de Wan et al 2018 

« Une étude publiée en 20181 dans le Journal of Geophysical Research montre que ces aménagements humains pourraient certes réduire la sécheresse agricole de 10 % mais conduiront à une augmentation de l’intensité des sécheresses sur l'ensemble du bassin à hauteur de... 50 % ».

Pour que la preuve soit bonne, peu importent les approximations ; l’étude Wan et al 2018 évoque par exemple une baisse d’un ordre de grandeur d’un facteur 10. Cela signifie que les aménagements humains pourraient 10 fois plus « réduire » au lieu de l’interprétation FNE d’une « réduction de 10% ». Entre 10 fois moins et 10%, FNE n'est pas à ça près.

Une photo d’une portion de non-cours d’eau à sec, très enherbé
En amont de la commune de Vergt (24) plusieurs captages existent sur le Vern. Juste en aval, la carte IGN mentionne
« perte du Vern ». L’eau s’y perd pour réapparaître jusqu’à 14 km en aval. Mais une autre photo du même auteur montre qu’une partie du débit réapparaît à 3 km au pied du pont de la RN 21.
Cela prouve tout au plus que cette portion rectiligne du Vern n’est pas un cours d’eau et que le secteur karstique contribue à la recharge de la nappe phréatique. Aucun lien en tout cas avec la sécheresse.
Peu importe,la photo peut servir à dénoncer la sécheresse puis la faculté du Vern à recharger la nappe.

Discussion
FNE n’a pas vraiment besoin de preuves sérieuses encore moins scientifiques, ni d’analyses multifactorielles pour justifier son discours.
Il lui suffit de prétendre qu’elle seule détient les solutions et qu’il n’y a pas d’alternative.
Pour les planificateurs économistes et administratifs, choisir entre un discours de type dogmatique ou la science, l’observation et les faits, le choix de pencher en faveur d’un dogme est bien plus commode…jusqu’au jour où un grain de sable ne grippe le système.
Les usagers de l’eau ont-ils la capacité d’être un gros grain de sable ? Quand ?
D’ici là, le rouleau compresseur administratif suivra sa progression.
Il suffit à FNE de continuer à affirmer que les retenues d’eau et moulins aggravent les sécheresses et autres arguments à géométrie variable du même cru.

illustration: crédit Père Igor sur wikipédia; Sur cette photo prise en hiver, cet émissaire enherbé ("rectifié" de la main de l'homme?) n'est pas un cours d'eau. Elle s'engouffre dans le calcaire en amont. Ce phénomène naturel n'est pas imputable à la sécheresse.

297 vues

Les commentaires sont fermés.