Gave de Pau : transit chimique efficace !

Depuis la forte industrialisation de la vallée, le Gave de Pau est une poubelle. L’ancienne décharge de Bordes, fermée en 1998, illustre une gestion environnementale désastreuse, mais elle n’est pas seule en cause.

Nous nous garderons de reprendre tous les superlatifs copieusement utilisés par les médias : le sujet est connu, largement exposé sur internet. Atermoiements, études diverses en cours, toujours est-il qu’il a fallu une crue en novembre 2012 pour reparler de cette décharge formant la berge du Gave. Il est encore moins de notre propos d’imaginer désigner, du Maire au Ministre ou des procédures, quels seraient les responsables mais pas coupables.

Nous avons une certitude : c’est toujours la nature, la biodiversité, l’environnement et la qualité de l’eau qui perdent.

 

Très forte nouvelle crue le 18 juin 2013.

Puis une autre le 22 février 2018.

Et il y en aura d’autres…

 

Discussion

• De crues en crues, le Gave assure l'externalité gratuite de chasse des déchets depuis 2012. Il suffirait d’attendre encore un peu ?

• Le public et les journalistes s’émeuvent des déchets visibles. Mais que contenaient ces sacs en plastique ?

• Ce qui est plus impactant et sournois à notre sens, ce sont les pollutions chimiques aux PCB, phytocides et 1000 autres molécules invisibles qui s’ajoutent aux fortes pollutions polymétalliques préexistantes.

• Et les poissons face à ces agressions à répétition ? La toxicité du milieu aurait-elle un impact sur la faune aquatique et les espèces piscicoles cibles ? La faune qui nourrit les poissons peut-elle survivre ?

Ces perturbateurs chimiques permettent-ils encore au saumon de se reproduire ?

• Les déchets solides visibles : au lieu de les laisser rejoindre avec désinvolture l’océan de plastique, y aurait-il eu des prospectives(1) pour les capturer et les extraire au niveau des centrales hydroélectriques, en contractualisant avec l’exploitant ?

 

N’évoquons même pas les analyses chimiques de l’eau et des sédiments : il suffit d’adapter le curseur. Compte tenu du seuil limite de toxicité des quelques substances recherchées, ne tenant pas compte de leur effet cocktail, des périodes et de la fréquence des mesures, des limites analytiques utilisées… gageons que la qualité chimique apparente devrait s’améliorer ?

 

 

(1) Il y a 15 ans, la récupération des déchets flottants a été à deux doigts d’être imposée aux ouvrages en travers du Gave : un comble ! L’agence de l’Eau proposait de financer à 80% de l’installation du dégrilleur, des grappins et de la benne à déchets. Mais la responsabilité de la prise en charge des déchets et le coût de la mise en déchets ultime incombaient à chaque exploitant. Actuellement le transport d’une seule benne coûte 1.600 € et il en faudrait des centaines. C’est l’art de transposer une charge publique sur un exploitant privé en lui faisant traiter par ses employés des déchets hautement pollués, dangereux pour leur santé…une contractualisation de dupes qui transfère le gros problème (financier, responsabilités) du transport et de l’orientation spécifique des déchets collectés selon les filières administrativement autorisées !

S’il y a bien eu "prospectives", il n’y a pas la volonté de capter et d’extraire ces déchets. On peut toujours s'émouvoir en regardant les reportages pertinents sur "l'océan de plastique"...c'est nous qui le fabriquons!

Sans rapport avec les déchets domestiques et industriels, l’EPTB ADOUR a installé une énorme structure à Urt(64), après la confluence des Gaves dans l’ADOUR. Une barrière en travers du fleuve retient les troncs d’arbres pour ne pas qu’ils rejoignent les plages du littoral basque. Là encore, on traite « le visuel » car la récupération sur les plages coûterait moins cher que les 200 000€/an. Le bois n’a jamais pollué l’eau, mais ces stigmates font désordre.

Concernant les pollutions, la seule action publique, après chaque crue, est d’interdire la baignade sur la Côte Basque pendant plusieurs jours en attendant que les effluents soient dispersés (preuve du degré de pollution malgré la dilution dans l’océan) au titre de la "directive littoral". Mais il n’y a pas de "directive poissons" censée les protéger. Sont-ils eux aussi interdits de baignade ?

Morphologie ou chimie, quel est le facteur le plus impactant pour les espèces aquatiques ? La question est posée depuis 10 ans, mais la réponse ne viendra jamais puisque le postulat, qui ne convainc personne,  toujours martelé (par exemple page 11 de la rubrique  "eau et connaissance" de l'Agence de l'eau Rhône Méditerranée. mars 2018) au chapitre "PRINCIPALES CAUSES DE LA DEGRADATION DE L'ETAT DES EAUX SUPERFICIELLES : les principales causes actuelles de la dégradation de l'état des eaux sont les atteintes à la morphologie". On se croirait à Shangai en 1975.

 

Une déchetterie à ciel ouvert sur les rives du gave de Pau

Lundi 5 mars 2018  Par Axelle LabbéFrance Bleu Béarn

Les crues de l'hiver ont transformé les rives du gave de Pau en déchetterie à ciel ouvert. L'ancienne décharge de Bordes n'en fini plus de se vider dans la rivière. Les études pour la nettoyer ne sont pas terminées, les travaux devraient commencer l'année prochaine.

Depuis la grande crue de 2013, la décharge de Bordes se vide régulièrement dans le gave. Les deux crues de ce début d'année ont encore déposé des tonnes de déchets sur les rives. Beaucoup de déchets ménagers : des sacs plastiques accrochés aux branches, des bombes de laque ou d'insecticide, des semelles de chaussure, etc. mais aussi les déchets des anciens ateliers de Turbomeca, des morceaux de meule et de petits serpentins d'inox, de titane ou d'aluminium qui recouvrent les rives. 

Sur des centaines de mètres, la rive a des allures de déchetterie. Alain Le Jeanne a monté le projet "Citoyens du gave" à la maison pour tous Léo Lagrange de Pau. Il nettoie les berges régulièrement avec des salariés en réinsertion. En 3 ans, ils ont ramassé 52 tonnes de déchets. 

Ils peuvent tout recommencer : "Il faut nettoyer ça à la main. Cela prend énormément de temps et c'est un boulot qui est réduit à néant à chaque nouvelle crue,  parce que le problème n'est pas réglé à la base. C'est désastreux. Depuis la crue de 2012, on sait que la décharge est une bombe à retardement. On arrive en 2018, ça fait presque 6 ans et rien n'a été fait. Là, on a quelques centaines de tonnes de déchets en aval de la décharge qui ont été emportés. Et on n'a pas encore eu les crues du printemps. Il y a un traitement qui est prévu en 2019, mais pour nous, usagers du gave, c'est un peu tard. Le gave c'est un patrimoine béarnais important, au même titre que le château de Pau. Et voir cette rivière emblématique du territoire être mise à mal comme ça, c'est terrible. Tout le boulot qu'on a fait depuis trois ans est anéanti."

L'ancienne décharge doit effectivement être nettoyée, les études lancées il y a 4 ans sont toujours en cours. Elles devraient être terminées l'année prochaine explique Christian Petchot-Bacqué, le président de la communauté de communes du pays de Nay: "si je pouvais intervenir avec une paire de bottes et une brouette ça ferait longtemps que j'y serai allé, mais c'est interdit. Des analyses fines nous sont demandées sur chaque déchet, si la procédure prend deux ou trois ans, c'est comme ça". 

 

Le budget pour le nettoyage de l'ancienne décharge de Bordes est évalué à 3 millions d'euros hors taxe. Il y avait 80 000 mètres cubes de déchets à évacuer, mais une bonne partie est déjà dans la rivière.

https://www.francebleu.fr/infos/climat-environnement/une-dechetterie-a-ciel-ouvert-sur-les-rives-du-gave-de-pau-1520268759

Sources : sur internet « pollution Gave de Pau => 350 à 400 000 occurrences

https://www.youtube.com/watch?v=uxykq38ahfA

 

28 vues

Les commentaires sont fermés.